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La consultation d'aide à l'arrêt

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En France, le tabagisme est responsable de 72 000 décès par an. 1 fumeur sur 2 meurt prématurément d’une maladie directement liée. Son tabagisme. Nous connaissons tous cette réalité alarmante. Alors pourquoi ? Pourquoi tant d’échecs, de « succès différés » du sevrage, que tant de personnes nomment rechutes ? Pourquoi semble-t-il si difficile de s’arrêter de fumer alors que les paquets de cigarettes transmettent des messages pourtant clairs : « Fumer tue » ? Y aurait-il une réalité qui nous dépasse, que nous aurions parfois du mal à appréhender ?

Nombre d’entre nous avons déjà constaté que nos comportements sont parfois bien éloignés des idéaux et objectifs que nous nous fixons. Un célèbre auteur a dit « Je fais le mal que je ne voudrais pas faire, et le bien que je voudrais faire, je ne parviens pas à le faire »[1]. La connaissance a assez peu d’impact sur nos comportements, qui sont largement en lien avec nos émotions. . L’expérience subjective de l’émotion – même quand elle est inconsciente – exerce une puissante influence sur d’autres fonctions cérébrales complexes et notamment sur les facultés neurales responsables des prises de décisions rationnelles et des jugements.[2]

Tout changement comportemental nécessite, certes, la prise de conscience de la nécessité de changement, mais aussi et surtout la motivation pour ce changement. C’est cette motivation qui va être déterminante dans la réussite du processus. La motivation est en lien avec un moteur intérieur, quelque chose qui nous tient très à cœur. Savoir ne suffit pas. Avoir la volonté non plus. Mais avoir très envie de changer de comportement va nous aider à trouver en nous les ressources à mobiliser pour ce changement.

Il s’agit donc, pour s’aider ou aider, d’avoir un regard profondément bienveillant et explorateur, dénué de sens moralisateur, aussi bien-pensant qu’il soit. Les arguments auront peu d’impact. La peur peut faire fuir, mais rapidement l’attirance du comportement aimé se fait sentir. Par contre, des questions simples peuvent être utiles : y a-t-il des choses qui, profondément, me dérangent dans ce comportement ? Y-a-t-il un comportement qui me semble plus adapté ? Qu’est ce qui me motive pour adopter ce nouveau comportement ? A quels besoins dois-je répondre à travers mon nouveau comportement (besoin de plaisir, de détente, de réconfort…) et quels moyens adopter pour y répondre ? Quelles ressources ai-je en moi pour mettre en place ce nouveau comportement ?

Nous venons de comprendre que savoir ne suffit pas : il faut vouloir changer. Est-ce suffisant ? Il faut aussi pouvoir changer. Pour cela, il est important d’une part, de travailler sur la confiance en soi pour changer, d’autre part sur la confiance en l’accompagnement pour changer. Nombre de fumeurs ont peur, lors de leur arrêt, de vivre le manque de façon insupportable pour eux et pour leur entourage (nervosité, irritabilité, envies impérieuses de fumer). Ces signes sont la marque de la dépendance. La plupart des fumeurs sont dépendants.

On sait aujourd’hui que le tabac est une des drogues ayant le pouvoir addictif le plus fort. La nicotine en est principalement responsable. Ce potentiel addictif est connu depuis longtemps

et malheureusement renforcé par des procédés dont les subtilités sont connues des seules industries de la cigarette[3]. La dépendance met de ce fait de moins en moins de temps pour s’instaurer. Les méthodes de sevrage utilisées doivent tenir compte de cette dépendance et apporter des réponses efficaces pour que ces symptômes de manque soient absents ou minimes : les méthodes reconnues comme efficaces par les scientifiques sont les méthodes d’accompagnement, soit individuel avec utilisation d’un traitement de la dépendance (en particulier les substituts nicotiniques), soit en groupe type Plan de 5 Jours.

Je vous propose, lors de prochains articles, de vous apporter quelques outils complémentaires pour explorer cette « fameuse » motivation. Nous pourrons poursuivre en essayant de comprendre de quoi est constituée la dépendance. J’ai décrit aujourd’hui la dépendance physique à la nicotine, mais elle n’est pas seule à rentrer en ligne de compte. Tous ces éléments vous aideront à cheminer dans la compréhension de votre comportement, en vue d’un changement basé sur des fondations solides !


[1] Interprétation libre d’un texte de Paul, un des auteurs de la Bible.

[2] Neurosciences – Dale Purves, Jean Marie Coquey, Georges-J Augustine, David Fitzpatrick, Hall – 2005, 840 p.

[3] www.tabac-stop.net/industrie_tabac.html

Docteur Sandra l’Eplattenier, médecin généraliste et tabacologue en Haute-Savoie