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Voyage au Piton de la Fournaise

Un site volcanique grandiose et attractif…

VOYAGE AU PITON DE LA FOURNAISE

La relative lenteur des laves a toujours permis d’évacuer la population à temps. Sur l’immense site du volcan, le vrai danger est l’imprudence de ses visiteurs (mal chaussés, trop peu vêtus, démunis de nourriture, etc.) surpris par les difficultés du terrain et les conditions atmosphériques changeant rapidement en altitude.

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Après six années de sommeil, le Piton de la Fournaise se réveille…

Ce lundi 9 mars 1998, au début de l’après-midi, la montagne noire de l’île de la Réunion entre en transe et affole les sismographes de l’Observatoire Volcanique installé dans la plaine des Cafres, à environ 15 kilomètres à vol d’oiseau et à l’ouest du cratère Kapor. Situé à 2150 m d’altitude, celui-ci vomit à jet continu d’énormes quantités de lave en fusion qui cheminent lentement en direction de l’Océan Indien ou plus précisément du littoral et du lieu-dit La Vierge au Parasol.

Depuis 22 ans, jamais les laves n’étaient descendues aussi bas dans l’Enclos du volcan. L’ultime coulée aura même la délicatesse de stopper sa course à moins d’un mètre de la RN 2 qui longe le bord de l’océan. Cette énième éruption, sans doute la plus importante du vingtième siècle en raison de son exceptionnelle longévité (196 jours) et de son volume record de lave éjectée (environ 45 millions de mètres cubes), a provoqué un formidable intérêt et un état de tension durable mais sans dramatisation excessive. Elle restera gravée dans les annales, le Piton de la Fournaise conservant son titre du volcan « qui n’a jamais tué personne », en grande partie, grâce à la vigilance des responsables de la sécurité (scientifiques chargés de la surveillance du volcan, gendarmes et sapeurs pompiers).

 


ERUPTIONS A REPETITION

En 1998, pendant que les images télévisées du Piton de la Fournaise vomissant des torrents de lave faisaient le tour du monde, sur place, les responsables de la sécurité s’employaient à limiter et à canaliser l’afflux massif de milliers de réunionnais, de visiteurs et de touristes, ravis de l’aubaine, qui ne voulaient à aucun prix rater la féérie du spectacle. Une féérie qui allait se renouveler avec une fréquence accrue dans le temps, soit 2, 3 ou 4 éruptions chaque année entre 2000 et 2007, pour revenir à une seule en 2008 et 2009, puis remonter à 3 en 2010. Chaque féérie nouvelle provoquant une affluence massive de personnes impatientes de contempler le spectacle de plus près, c’est-à-dire à proximité des cratères, le Bory et le Dolomieu, qui culminent à plus de 2600 mètres.

Fin novembre 2002, par une belle matinée de l’été austral, nous sommes en balade dans le sud-est de la Réunion. Tandis que nous roulons du côté de Sainte-Rose, longeant le bord de mer et avançant toujours plus vers le sud, la circulation automobile devient plus dense et les ralentissements de plus en plus nombreux. Finalement, nous garons notre voiture sur le bas-côté de la route et continuons à pied afin de savoir pourquoi tant de personnes se trouvent en ce lieu presque désert habituellement. Finalement nous arrivons à proximité d’une énorme coulée de lave noire et durcie qui avait traversé la route et achevé sa course dans les eaux marines plusieurs mois auparavant. Perchés sur la coulée de lave, d’innombrables curieux regardent, au loin, deux coulées de lave incandescente et rougeoyante qui dévalent la pente du volcan. La foule semble fascinée par cette nouvelle manifestation flamboyante et colorée du Piton de la Fournaise. Des superlatifs fusent ici et là. Appareils photos et caméras sont braqués dans la direction appropriée pour pérenniser l’événement.

Bientôt, plusieurs vont regagner leur véhicule et s’élancer sur la route du volcan. Leur objectif ? Parvenir jusqu’au cratère éjectant sa lave incandescente. En deux étapes. D’abord trouver une place pour se garer au Pas de Bellecombe (2350 m). Puis, entreprendre une longue marche en terrain accidenté : 3 à 4 heures, voire davantage pour certains, pour effectuer le trajet Pas de Bellecombe / cratère et retour. Sur ce parcours assez difficile, pierreux et malaisé, on ne comptabilise plus les égratignures, les chevilles endolories, les entorses, les fractures diverses et plus encore les fringales et les défaillances dues à l’effort et au froid (dépense calorique importante) chez ceux et celles qui s’engagent dans cette aventure sans s’être informés au préalable sur les réalités du terrain, les effets de l’altitude et les conditions météorologiques particulières qui prédominent sur le site volcanique du Piton de la Fournaise[1].


PERDU DANS LE BROUILLARD

 

Le massif de la Fournaise (environ un tiers de la surface de l’île) est une terre de feu et le site du volcan, s’étendant sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés, est sans doute l’endroit chaotique, désert, étrange et fascinant le plus attractif de la Réunion (en moyenne 200.000 visiteurs par an). Toutefois, sa découverte, pas très difficile, ne peut se faire dans de bonnes conditions, qu’en prenant un minimum de précautions : principalement se munir en toute saison de vêtements chauds et imperméables et ne pas s’écarter du balisage des sentiers.

En se rendant au volcan, il faut avoir présent à l’esprit que, sous les tropiques et à une altitude oscillant entre 2200 et 2600 mètres, le temps change rapidement. Un ciel entièrement dégagé peut faire place en quelques minutes à un brouillard très dense, froid et humide, particulièrement nocif pour les individus asthmatiques ou atteints d’une autre affection chronique des voies respiratoires : bronchite, emphysème, rhinite, sinusite, etc. Dans un laps de temps assez court, la température peut chuter de 10 à 15 degrés et descendre la nuit au-dessous de zéro. Les quelques personnes décédées dans l’Enclos du Piton de la Fournaise, ne sont pas mortes brûlées par des laves incandescentes à 1100°C ou asphyxiées par les gaz éruptifs du volcan, mais victimes du froid, perdues dans le brouillard…

Les habitués du volcan précisent également que le ciel se couvre souvent dans l’après-midi, voire dès la mi-journée et qu’il vaut mieux se rendre sur place tôt le matin. En plus de vêtements chauds, il faut mettre à ses pieds des chaussures adaptées à la marche en terrain accidenté. Emporter aussi de l’eau pour se désaltérer et des provisions, car l’effort prolongé et l’altitude amènent une grande consommation de calories qu’il convient de remplacer sans tarder, afin d’éviter la fringale et la défaillance. Enfin, ne pas entraîner dans cette découverte qui n’est pas une promenade de tout repos, les personnes fatiguées, âgées ou affaiblies, ainsi que les enfants en bas âge.

Autre point important. Pendant un séjour à l’île de la Réunion, il est fortement conseillé de se protéger, nuit et jour, des moustiques qui sont les éléments transmetteurs en cette partie du monde, des virus de la dengue (grippe tropicale) et du chikungunya.

En conclusion, il faut se rappeler que ce genre d’imprudence (aux conséquences parfois dramatiques) se reproduit tout au long de l’année en divers lieux de la planète

Au moment où je rédige cet article, les médias relatent la mésaventure d’une famille danoise venue passer des vacances d’été en Corse. Cheminant sur le célèbre et difficile GR 20 (sentier de grande randonnée de montagne), sandales aux pieds, vêtements légers et sans eau ni nourriture, les membres de cette famille ont été surpris par une perturbation pluvieuse intense. Quand ils ont pu être récupérés par le service de secours en montagne, ces touristes danois étaient épuisés, frigorifiés et déjà en état d’hypothermie selon le médecin de service…

Michel Ballais

 


[1] Observatoire Volcanique du Piton de la Fournaise : www.ovpf.univ-reunion.fr (conseils aux randonneurs). Autre site : www.fournaise.info.